Les bestiaires du portail nord de la cathédrale de Metz

Dans ce billet je vais aborder le dernier panneau du portail nord de la cathédrale Saint Étienne de Metz.

Depuis l’été dernier nous avons examiné les cinq panneaux précédents. La lecture des panneaux à droite de l’entrée était assez facilement lisibles dés lors que le texte de référence était identifié. Le premier représente l’épopée du roi David. Le second l’invention de la croix. Le dernier évoque saint Étienne et peut-être sainte Marguerite.

À gauche les panneaux composés de losanges sont beaucoup moins évidents, essentiellement en raison du grand nombre d’animaux fantastiques qui évoquent un étrange bestiaire.
Nous avons vu sur le premier panneau le plus éloigné des portes que l’essentiel de ces animaux, basilic, manticore, éale, dragon, … étaient considérés comme exotiques mais réels.
Le second est certainement très inspiré des « Métamorphoses » d’Ovide.

Il est temps d’examiner le dernier panneau ci-dessous.

Bestiaire portail nord

Portail nord métamorphoses

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Le rasoir d'Ockham

Il y a quelques jours dans le cadre de mon travail je devais aborder la question de la qualité des données à traiter.

Je vous vois déjà faire la grimace. Cela s’annonçait effectivement assez aride.

C’est en me promenant au musée de La Cour d’Or de Metz, où je vous cherchais quelques images pour un futur billet d’iconographie médiévale, que j’ai trouvé un thème qui m’a permis d’utiliser en introduction l’illustration ci-dessous :

steles-gallo-romaines-metz.jpg

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Portail nord de la cathédrale de Metz : le bestiaire de Thèbes

Nous avons pour l’instant examiné quatre panneaux situés sur l’ancien portail nord de Notre Dame de la Ronde, la collégiale intégrée dans la reconstruction gothique de la cathédrale Saint Etienne de Metz au XIIIème siècle.

Il nous reste encore deux panneaux à découvrir sur ce portail. Voici le panneau qui nous intéresse pour ce billet :

Portail-nord-ovide-global.jpg

Portail-nord-ovide.jpg

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Représentations romanes et gothiques du Christ

Comme l’année se termine il est temps de trier les photos.

Pour ce dernier billet de l’année, j’ai rassemblé quelques photos prises au cours de mes pérégrinations de 2011. Je vais me limiter au thème des représentations du Christ. La raison principale est que je fini toujours par en trouver une illustration même sur mes plus mauvaises photos.

Toulouse-Saint-Sernin.jpgNous allons commencez par Toulouse avec un Christ en majesté dans une mandorle entouré des symboles des quatre évangélistes. La mandorle est la forme ovale en amande qui entoure Jésus.

Cette œuvre provient du déambulatoire de la basilique Saint-Servin. Elle est datée entre le XIème et XIIème siècle.

Assez typique de l’art roman, vous noterez les éléments classiques comme l’auréole crucifère signe de divinité, les pieds nus en signe de sainteté, la position assise et le ventre de patriarche, les drapés en toge romaine, l’absence de barbe et surtout la passivité du visage.

Toulouse-Saint-Sernin-Christ-detail.jpg

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Iconographie du portail nord de la cathédrale de Metz : bestiaire et morale

Jusqu’à aujourd’hui nous avons examiné les panneaux du côté droit du portail nord de Notre Dame de La Ronde, la collégiale dont je vous parle régulièrement qui a été absorbée lors de la reconstruction gothique de la cathédrale de Metz au XIIIème siècle.
Il est temps de découvrir le côté gauche, en commençant par le panneau le plus excentré :

Portail-nord-prieres-global.jpg

Si seule l’interprétation vous intéresse, vous allez être déçu. Je n’ai pas trouvé de texte de référence qui permettrait une interprétation sans équivoque de ce panneau. Cependant vous remarquerez aisément que le sens global est assez simple. En passant d’un découpage en carrés au découpage en losanges, on peut se permettre une lecture verticale. Il apparaît ici que le thème est moral : l’élévation de l’animalité à la sainteté, en passant par la prière.

Portail-nord-prieres.jpg

Voilà, maintenant qu’il n’y a plus de suspens, je peux comme d’habitude me disperser vers d’autres sujets.

Sur le billet concernant l’invention de la croix j’avais abordé le thème textes de références et de la lecture globale de l’iconographie médiévale. Sur le billet précédent, présentant saint Etienne et sainte Marguerite, j’abordais les questions de restauration de ce portail. Toujours dans ce même contexte, je vous propose de développer le thème des bestiaires médiévaux. Ces notions nous seront plus tard nécessaires pour essayer de comprendre les derniers panneaux.

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Iconographie du portail nord de la cathédrale de Metz

Voilà la suite d’un nouveau thème que j’avais abordé lors de la recherche d’une représentation du roi David à la cathédrale Saint-Etienne de Metz. Nous avons vu que l’on pouvait trouver 12 représentations dont 10 sur un panneau sculpté sur le portail nord de Notre Dame de la Ronde. Nous allons observer aujourd’hui le panneau suivant :

Portail nord : bas-relief invention de la croix

Comme pour le premier tableau, l’interprétation classique est qu’il s’agit de scènes bibliques. Cependant lorsque l’on possède une culture religieuse chrétienne minimale et actuelle, on n’identifie au mieux que la dernière scène. On imagine qu’il s’agit de la conversion de Paul sur le chemin de Damas d’après les Actes des Apôtres.

Portail nord Notre-Dame-la-Ronde Metz bas-relief invention de la croix

Nous pouvons immédiatement nous demander quel est l’intérêt de comprendre cette iconographie. Le message véhiculé lors de cette création était évident pour les commanditaires et auteurs. Il était utile à l’édification des spectateurs quel que soit leur niveau intellectuel. Comprendre ces représentations, c’est chercher à comprendre les références et l’environnement de ces acteurs. Chercher les clés de compréhension d’un environnement qui nous est étranger est un fin de compte un problème contemporain qui ne se limite pas spécifiquement à l’Histoire.

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Metz Les journées du patrimoine du 17 et 18 septembre 2011

ajout du 18 septembre : Il s’agit bien entendu des représentations du roi David

Dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine du 17 et 18 septembre 2011 vous aurez l’occasion de découvrir ou re-découvrir la cathédrale de Metz autour de diverses activités dont je vous laisse la surprise.

J’ai découvert dans le dépliant de présentation que les organisateurs ont également prévu un petit jeu :

«l’équipe du centre de ressources des Journées Européennes du Patrimoine propose une surprise aux 50 premières personnes qui apporteront la photo de la vraie statue (d’un personnage)».

Pour éviter qu’une simple recherche sur Internet dévoile immédiatement cette énigme, je ne citerai pas le nom de ce personnage avant le 18 septembre.

De la même façon je ne vous donnerai pas la réponse, pour la bonne raison que je ne la connais pas. En effet, il existe à la cathédrale Saint-Etienne de Metz une douzaine de représentations de ce personnage sur trois emplacements différents et aucune n’est à strictement parler une statue. Je vous propose alors d’examiner ces trois solutions et de vous faire une idée par vous-même.

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Cathédrale de Metz, la cuve de porphyre


carrieres Djebel el Celcileh

À la grande joie de mes enfants qui sont à l’âge où l’on se passionne pour l’égyptologie, était rediffusé cette semaine sur France 3 le documentaire «Enquête sur le Nil» de Frédéric Wilner. Comme souvent l’approche télévisuelle est frustrante : de belles images mais très peu de références. Je n’ai même pas trouvé la date des ces fouilles. Pourtant on entrevoie des éléments intéressants comme l’usage de la 3D pour reconstituer le contenu des carrières d’obélisques.

Quelques images fugaces m’ont cependant plus particulièrement intéressé : alors que l’archéologue français, Philippe Martinez se rend dans le Djebel el Celcileh sur une ancienne carrière de grès, étudier une statue inachevée de Ramses II, on aperçoit pendant quelques instant (comme vous pouvez le constater sur l’image ci-contre) une autre monument inachevé : une baignoire romaine.

Même si cette introduction semble s’éloigner des thèmes habituellement traités sur ce blog, j’ai trouvé que c’est un bon prétexte pour vous parler d’un trésor archéologique conservé à la cathédrale Saint Etienne de Metz et trop souvent négligé : la cuve de porphyre qui se trouve dans la première travée, sur l’emplacement de Notre dame de la Ronde. On se contente généralement de la présenter comme une baignoire romaine qui servit de baptistaire. C’est l’occasion de se poser plusieurs questions : c’est quoi le porphyre ? de quand date-elle ? qu’elle est son origine ? quand a-t’elle été utilisée ? pourquoi se trouve-t’elle à cet emplacement ? Je vais essayer de vous apporter quelques éléments de réponse dans ce billet.

Cathedrale de Metz NDR cuveporphyre
Cathedrale-metz_cuve-porphyre.jpg



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Construction de la Cathédrale Saint Etienne de Metz du XIVe au XVIe siècle

Pour occuper nos vacances, voilà enfin la suite de l’histoire de la construction de la cathédrale de Metz. Je vous avais présenté dans le billet précédent les étapes de la construction entre le Xè et le XIIIe siècle.
Dans la vidéo suivante vous allez découvrir les travaux au cours des deux siècles suivants. À la demande d’un lecteur, je vous ai ajouté une petite musique d’ambiance ;-)

La chronologie du XIVème jusqu’au début du XVIème siècle est largement plus facile à réaliser. En effet on dispose de beaucoup plus de textes que pour les siècles précédents. Il existe en particulier deux chroniqueurs messins contemporains de ces périodes de construction. Dans un premier temps on dispose du journal de Jehan Aubrion qui relève les évènement marquants entre 1465 et 1512. Philippe de Vigneulles a de son côté écrit une ambitieuse chronique de l’origine du monde (!) à 1525. Ce dernier ayant vécu entre 1471 et 1527, on peut avoir une certaine confiance dans les faits relatés sur cette période. Ces deux chroniqueurs se recoupent assez régulièrement comme dans l’anecdote du cerf qui en 1495 se retrouve au sommet de la tour Charlemagne nord. Je vous avais déjà parlé de cette anecdote qui nous avait permis de déterminer la hauteur de ces tours. La dernière source d’importance que j’ai utilisé sont les archives recensées par l’évêque Jean-Baptiste Pelt dans «Registres capitulaires (1210 - 1790)» publié à Metz en 1930.

epitaphe-hermann-munster.JPG

Ces textes sont néanmoins lacunaires et il reste encore plusieurs points obscurs. Ainsi la date de la mise à niveau du sol de Notre Dame de la Ronde au niveau de la nef n’est précisée par aucun texte. Auguste Prost, au XIXe siècle, l’estime entre 1380 et 1390. Il s’appuie sur l’épitaphe de Hermann de Münster le maître verrier qui a réalisé la grande rosace. Cette épitaphe, datée de 1392, gravée dans la première travée et se serait trouvée, d’après Auguste Prost, trop proche du sol.

Nous avons déjà vu que le portail de la vierge était composé d’un tympan estimé au XIIIème siècle et que les sculptures du vestibule étaient plus tardives. Jean-Baptiste Pelt estime la date de réalisation de cette extension à 1425. Il s’appuie sur la note 81 des registres capitulaires qui évoque le financement d’une “oeuvre” au portail de la vierge. Malheureusement on ne dispose pas de plus de précision sur cette oeuvre.

Les plans de la cathédrale du XVIème au XVIIème siècle présentent des absidioles rayonnantes autour du choeur de Notre Dame de la Ronde. Celles-ci disparaissent lors des travaux de Blondel et Tornow ne les mentionne pas dans ses restaurations.

cath-1726.jpg
Le dernier élément qui n’est pas mentionné dans les textes est le clocheton du toit. Ce clocheton apparaît sur les gravures du XVIIIème siècle mais je n’ai trouvé aucun texte qui mentionne sa date de construction. Sur les gravures il semble étrangement positionné. Il ne semble pas être à la croisée de la nef et du transept comme le serait une tour lanterne. La restitution 3D nous permet de supposer qu’il se trouvait en réalité à la jonction du toit du XIIIème et du toit du choeur au XVIème siècle. On peut alors estimer sa date de construction vers 1520 à la fin des travaux du nouveau choeur.

Enfin je me suis permis quelques petites licences artistiques dans la réalisation de la vidéo : entre l’incendie de 1468 et la fin de la tour de la Mutte le toit était certainement couvert mais je ne trouvais pas ça très joli ;-) Il y peut-être encore d’autres erreurs, n’hésitez pas à les signaler en commentaire.