Cathédrale de Metz la basilique ottonienne 984

Me voilà de retour de vacances, j’ai profité de cette période calme pour m’attaquer au nettoyage de mon modèle 3D. Je peux maintenant plus facilement masquer des éléments et je peux m’intéresser à l’histoire de sa construction.
Ce billet va essayer de restituer la basilique ottonienne qui précédait l’actuelle cathédrale gothique.
Ci dessous en gris l’hypothèse actuelle en 3D, vous reconnaîtrez en brun les éléments existants : le chœur de la crypte.

basilique0ttonienne.jpg
basilique0ttonienne2.jpg



La basilique a été construite entre 965 et 984 par l’évêque Thierry 1er avec l’aide financière des empereurs du Saint Empire romain (hériter de l’empire carolingien) Otton 1er puis Otton II.

Pour réaliser ce modèle j’ai utilisé le résultat des fouilles de la cathédrale de 1878-1881 lors de l’installation du chauffage central et des fouilles de 1914-1915 lors de l’installation de l’électricité.
Ci-dessous le plan des découvertes extrait de Documents et notes relatifs aux années 1790 a 1930/
PELT, Jean-Baptiste. Imprimerie du Journal Le Lorrain, 1932.
C’est une photo prise de travers que j’ai essayé de redresser.

PlanArcheologique.jpg

Il apparait clairement que le plan de la basilique correspond au plan actuel. On reconnait sur le transept Nord le début d’une des deux tours attribuées d’après la légende à Charlemagne.

Ci-dessous, la vue de dessus de l’hypothèse 3D en filaire et sa correspondance au plan archéologique.

basilique0ttoniennePlan.jpg
 PlanArcheologiqueBasiliqueO.jpg

Pour estimer l’élévation, je me suis servi des éléments suivants :
Le chœur ottonnien était encore présent lorsque Philippe de Vigneulle écrivait sa chronique au XVième siècle. La hauteur de plafond, l’architecture ottonnienne n’utilise pas la voute pour les nefs, était de 20m.
Pour obtenir un style ottonien dans l’angle et l’aspect des toitures, je me suis inspiré de Saint Cyriaque de Gernrode, contemporaine de la basilique ottonienne de Metz.
J’ai également utilisé ces illustrations de pièces de monnaies :

AdalberonIII-1047-72-SAREBOC.jpg
Cette pièce datée de l’évêque Adalberon III 1047-1072 a été interprétée par E. Michel un membre de la société d’archéologie de la Moselle comme une illustration de la basilique ottonienne. Le dessin est une interprétation de la gravure par E. Michel. La pièce provient des planches finales des Mémoires de l’Académie nationale de Metz 1834-1835.


Peppon-1093-1103-METN-EP-S.jpgCette pièce datée de l’évêque Peppon 1093-1103 illustrerait assez certainement le portail de la basilique.


Pour la hauteur du chœur je me suis inspiré de cette gravure trouvée dans un cartulaire du XIVième siècle par Émile Auguste Bégin, cité dans Histoire & description pittoresque de la cathédrale de Metz, 1840
choeur_cartulaire_XIV.png

Il est a noter que cette gravure remettrait en cause l’existence des bas côtés de la nef pourtant classiques d’un plan basilical.

Pour terminer voila une image hypothétique représentant le chœur actuel contenant la basilique ottonienne :
basilique0ttonienneChoeur.jpg

Nous poursuivrons la suite de notre voyage dans le temps dans un futur billet.

Corrections du 12 août

En cherchant des informations sur Notre Dame de la Ronde, j’ai trouvé quelques informations complémentaires qui permettent de corriger deux
erreurs de ce billet.

Dans un premier temps, il faut corriger une erreur : les fouilles archéologiques de 1878 - 1881 ont été menées par Paul Tornow et sous la surveillance scientifique d’Auguste Prost et le baron Louis de Salis pour vérifier la solidité des fondations. Les fouilles de 1914 - 1916 ont été réalisées dans le cadre de l’installation du chauffage central. (Metz, la cathédrale Saint-Etienne des origines à la consécration de 1040, François Herber-Suffrin, Société Française d’Archéologie Extrait du congrès les trois évéchés, 1995)

Seconde erreur, la hauteur des tours Charlemagne est certainement sensiblement plus élevée que les images présentées dans ce billet. Phillipe de Vigneulle, chroniqueur messin du XVième siècle cite l’anecdote d’un cerf qui a pénétré le 4 août 1495 dans la cathédrale, en cours de construction du nouveau chœur gothique, et escaladé une des tours Charlemagne. “De quoi l’on fut bien esbahy, car la dicte tour estoit aussy haultes comme le sont les voultes de la dicte grant eglise” (La cathédrale de Metz, AUBERT Marcel, PELT Jean-Baptiste, Metz : Librairie Marius Mutelet, 1931). J’ai corrigé le modèle 3D, vous verrez des images dans un futur billet sur Notre Dame de la Ronde.

Pour terminer, en m’arrêtant à 984 j’ai volontairement écarté la question du mystérieux oratoire Saint Michel qui mérite un billet à lui tout seul…