Représentations romanes et gothiques du Christ

Comme l’année se termine il est temps de trier les photos.

Pour ce dernier billet de l’année, j’ai rassemblé quelques photos prises au cours de mes pérégrinations de 2011. Je vais me limiter au thème des représentations du Christ. La raison principale est que je fini toujours par en trouver une illustration même sur mes plus mauvaises photos.

Toulouse-Saint-Sernin.jpgNous allons commencer par Toulouse avec un Christ en majesté dans une mandorle entouré des symboles des quatre évangélistes. La mandorle est la forme ovale en amande qui entoure Jésus.

Cette œuvre provient du déambulatoire de la basilique Saint-Servin. Elle est datée entre le XIème et XIIème siècle.

Assez typique de l’art roman, vous noterez les éléments classiques comme l’auréole crucifère signe de divinité, les pieds nus en signe de sainteté, la position assise et le ventre de patriarche, les drapés en toge romaine, l’absence de barbe et surtout la passivité du visage.

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C’est à Arles que j’ai croisé un autre Christ roman en majesté sur le tympan de Saint-Trophime, daté de la fin du XIIème siècle :

Il est ici barbu et couronné. Même s’il est moins schématique qu’à Toulouse il est toujours aussi impassible.

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©C.Curial /J-A Bertozzi -ADAGP


Metz-Adalberon.jpgLa dernière représentation romane que je vous propose est également la plus ancienne : c’est une crucifixion du Xème siècle. Cette plaque d’ivoire couvrant un évangéliaire commandé par Adalbéron, évêque de Metz de 929 à 954, est exposée au musée de la Cour d’Or de Metz.

Vous noterez l’usage de quatre clous, l’absence de souffrance visible.

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On peut le comparer avec une représentation de crucifixion gothique sur un autel portatif du XIVème siècle, également en provenance du musée de la Cour d’Or de Metz.


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On a sur un tympan latéral du portail de la Vierge de la Cathédrale de Metz une crucifixion du XVème ou XVIème siècle où l’on retrouve les caractéristiques de la sculpture gothique : il s’agit désormais de faire apparaître l’humanité des personnages. La représentation de la crucifixion à trois clous permet de rendre la position des jambes et de tous le corps plus naturel.


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Le portail central de la cathédrale de Strasbourg, daté du XIVème ou XV siècle, affiche également cette crucifixion.

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L’humanité du Christ apparaît également dans la scène du couronnement de la Vierge sur le tympan du portail du même nom de la Cathédrale de Metz. Même si la tête de Jésus a été restaurée au XIXème siècle, la représentation en mouvement créé au XIIIème siècle n’est pas figée comme pour une sculpture romane.

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Pour terminer je vous propose le Christ au sommet du portail du Jugement de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

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Même si les dénominations de gothique et roman, n’ont été créées qu’au XIXème siècle, ces distinctions sont réelles et ne se limitent pas que à l’architecture.

Elles sont significatives d’un changement de relation à l’image et très certainement représentatives des modes de pensées médiévaux.

Le Moyen Âge a dû répondre au dilemme créé par la Génèse : “Dieu créa l’homme à son image” et par Saint Paul “le Christ est une image de Dieu invisible”.
Les réponses des pères de l’Eglise ont défini que l’image ne devait pas être vénérée mais pouvait apporter un support à la méditation.

Cela est apparent dans l’art roman où l’on ne cherche ni la beauté, ni la ressemblance, la vérité n’étant accessible que par les textes.

L’art gothique n’a toujours pas pour objectif la beauté. La ressemblance des figures est plutôt une conséquence de la clarification scolastique.
L’objectif réel est d’accentuer l’émotion sucitée par l’image.

Si vous voulez continuer à vous interroger sur votre relation aux images, je vous conseille de profiter des premiers jours de congés de l’année pour aller voir Hugo Cabret en 3D. Vous en ressortirez avec plein de questions sur l’usage du noir et blanc ou de la couleur, des trucages, du son ou de la 3D.

Passez une bonne année 2012, riche de nouvelles questions et de nouvelles découvertes.

Edit 7 mai 2013: La photo du tétramorphe sur le portail de Saint Trophime de Arles a été réalisée par J-A Bertozzi ( ©C.Curial /J-A Bertozzi -ADAGP ), encore mes excuses pour cet oubli ou cette erreur lors de la mise en ligne.