Cathédrale de Metz, Notre Dame de la Ronde, 1207

Après la proposition de représentation de la basilique ottonienne de 984, j’ai un peu progressé dans le temps pour m’intéresser à Notre Dame de la Ronde.
Une église Sainte Marie existe depuis Dagobert (622-634) au pied de la cathédrale. L’évêque Etienne de Bar y installe une collégiale de cinq (ou six ?) chanoines (un chapitre) à partir de 1130. L’église est sans doute reconstruite à partir de 1187. En 1207, elle apparait sous le nom de “Beata Maria rotunda” : Notre Dame de la Ronde.
Voici ci-dessous mon hypothèse en 3D :

NotreDamedeLaRonde_rendu.jpg

Il a toujours été évident que les trois premières travées de la cathédrale saint Étienne de Metz appartenait à une église qui a été intégrée à la cathédrale. Les quatre premiers piliers de la nef sont clairement différents des autres piliers. Les fenêtres du chœur de la chapelle sont encastrées dans les contreforts. Au XVIIIième siècle, les bénédictins Dom Jean François et Dom Nicolas Tabouillot, auteurs d’une « Histoire de Metz », imaginent une église perpendiculaire à la nef de la cathédrale. La première et troisième travée étant les bas côtés de Notre Dame de la Ronde. La “ronde” correspondrait au demi cercle du chœur de la chapelle.

Les textes indiquent que les murs entre Notre Dame de la Ronde et la basilique sont contigus ou séparés par une ruelle. Il faudrait que je retrouve précisément ces références, les sources sur ces informations n’étaient pas précisées dans les documents que j’ai consulté.

Au XIXième siècle, Auguste Prost conteste cette hypothèse avec comme principal argument que le portail principal de la cathédrale Saint Etienne ne pouvait pas être obstrué par cette nouvelle construction. Voici ci-dessous son hypothèse :

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J’ai trouvé en réalité ce plan dans une étude du cérémonial de Jean Baptiste Pelt. Les plans sont absents du document en ligne« La Cathédrale de Metz », Auguste Prost, Mémoires de la société d’archéologie et d’histoire de la Moselle, 1885, Vol 16 p.216-716 mais la majorité des annotations correspondent avec le document de Auguste Prost.

Ce dernier décrit la découverte lors des fouilles de 1878 d’un mur oblique dans le coin droit de la première travée. Il l’attribut à l’ancien baptistère Saint Jean (IX sur l’extrait de plan ci-dessous) dont l’emplacement est ignoré. L’autre hypothèse concernant ce baptistère le situe dans un bâtiment rond sur la place Saint Etienne (XIII sur le plan intégral, cliquez pour le visualiser).

Cath1750-Prost-zoom.jpg

Ce mur oblique est interprété de nos jours comme un élément de Notre Dame de la Ronde.

Le modèle 3D indique clairement qu’il s’agit d’un bâtiment dodécagonal (12 côtés). Le choeur, les deux portails, la tour de l’horloge se situent sur le polygone rouge ci dessous :

NDRPlan2.jpg

Ci dessous, sur la vue en élévation, l’étage est nécessaire pour permettre un toit de taille raisonnable pour l’époque. Vous remarquerez également une différence de niveau de 1m30 à 2m entre le sol de la basilique et le sol de Notre Dame de la Ronde. Cette surélévation des piliers de Notre Dame de la Ronde est encore apparente de nos jours. Le bas de la tour de l’horloge, le portail d’angle (actuel portail de la vierge) et le portail face au choeur datent très certainement du début du XIIIième siècle. Le choeur a sans doute été remanié. Le plan de 1760 des bénédictins fait apparaître un choeur avec des chapelles collatérales dont je n’ai pas trouvé de date de création et qui ont sans doute disparue lors des travaux de Blondel.

NotreDamedeLaRonde.jpg

Cette hypothèse moderne répond aux questions posées par les piliers de nature différente, la dénomination de rotonde, le mur oblique, la position des portails, du choeur et de la tour de l’horloge. Par contre la question du portail de la basilique et du clocher contenant l’oratoire Saint Michel reste ouverte. Une autre question apparaît avec l’alignement des piliers de Notre Dame de la Ronde et les piliers de la nouvelle nef. Il est peu vraisemblable que cet alignement soit accidentel.

Jusqu’au XIXième siècle on considérait que la reconstruction de la nef avait démarré en 1260. Il était alors peu probable qu’une intégration de Notre Dame de la Ronde et de la basilique ait été envisagé. En fait, on ignorait les bulles du 2 décembre 1220 du pape Honorius III qui autorise l’évêque de Metz, Conrad de Scharfeneck, et le chapitre de la cathédrale à assigner pendant 10 ans les revenus de prébendes à la “fabrique de l’église qui a de lourdes dépenses à faire” ainsi que des indulgences à ceux qui feront une aumône à la construction de l’église. Les travaux, ou les projets de travaux, avaient sans doute déjà débuté. Il était peut-être envisagé vers 1200 de créer avec Notre Dame de la Ronde une contre-abside au choeur de la basilique. L’évolution des relations entre le petit chapitre de Notre Dame de la Ronde et celui du chapitre de la cathédrale a peut-être continuellement modifié ces projets.

Nous verrons dans de futurs billets que le chapitre de Notre Dame de la Ronde a continué à influencer pendant un certain temps la reconstruction de la nouvelle cathédrale gothique.

Dans le modèle 3D la liaison entre les deux églises est, pour l’instant, très hypothétique. Je ferrais évoluer ce modèle si je trouve, ou si vous me transmettez, des informations complémentaires.

NotreDamedeLaRonde_rendu2.jpg

PS: Il est plus que temps que je complète et corrige mes pages de liens et de chronologie, je vous promets de m’en occuper ces jours-ci ( peut-être ;-) ).